Objets du quotidien, une esthétique de l’usage

22.06.19>13.07.2019, 12h-19h

Vernissage le 20.06.2019, 15h-21h à l’occasion de l’événement Paris rue Visconti

Galerie Nicolas Rolland

7 rue Visconti Paris 6e

Conçus par l’artisan aguerri, le paysan anonyme ou l’ingénieuse maîtresse du foyer, les objets sélectionnés dans cette exposition répondent d’abord à des nécessités ordinaires : s’asseoir, dormir, boire, se nourrir. Ils se devaient de satisfaire à des objectifs évidents de confort, de solidité, d’ergonomie. Mais à considérer leur degré d’achèvement esthétique – dimension superflue d’un point de vue strictement fonctionnel – la volonté de créer un objet agréable au regard apparaît comme une autre visée, tout aussi importante, en tout cas complémentaire.

Si le caractère usuel de l’artefact n’exclut pas l’apport d’éléments décoratifs (bas-reliefs, gravures, couleurs, etc.), dans la majorité des cas le créateur a préféré opter pour une esthétique structurelle, travaillant la ligne plutôt que l’ornement. C’est donc sur l’architecture même de l’objet qu’il intervient ; architecture elle-même asservie à un besoin. La gageure est donc d’inventer une beauté pratique, ou une ergonomie du beau, qui respecte la fonction sans rien céder au plaisir de la forme.

Mais cette recherche esthétique n’est pas un hédonisme déraciné. Elle est ancrée dans un univers de références culturelles profondes qui souvent la justifie. Dans les sociétés traditionnelles d’Afrique, d’Océanie ou d’Asie, les multiples activités de la vie courante ne sont jamais totalement séparées du sacré. Le travail du métal, l’agriculture, la préparation du repas, le temps du repos, etc. mettent en jeu des concepts aussi variés que ceux de pouvoir politique, de capacité démiurgique, de hiérarchie sociale, de présence des ancêtres, etc. En matérialisant cette dimension sacrée – au-delà de leur emploi commun – les objets ordinaires rendent compte de leur attachement aux valeurs, à l’histoire, aux mythologies du groupe.

Cette élévation vers un autre statut, moins prosaïque, advient aussi – paradoxalement – par l’usage, entendu dans son double sens : utiliser et consumer. Parce qu’il relève du quotidien, l’objet usuel s’inscrit dans le grand cycle des répétitions, la litanie des actions, des rituels et des récurrences qui structurent la vie des Hommes. La paume qui, jour après jour, le caresse ; les doigts qui, continuellement, le saisissent ; l’outil qui, sans cesse, le déforme ; tous ces gestes justifiés par la nature même de l’objet, par sa fonction, le portent ailleurs et le transforment.

Il faut être attentifs à ces griffures, ces cassures, ces changements, car ils ne retirent rien, mais au contraire ajoutent. La patine se nuance, s’approfondit. La matière se fissure, se révèle. La ligne se rompt, se courbe. Ce processus nourrit l’objet. Mais il le menace également, lui et l’écho des actes familiers qu’il renferme. Son détenteur voudrait le faire durer, encore. Il le recolle, le coud, l’agrafe, le comble. Réparations et altérations ne sont pas synonymes de délabrement. Ces stigmates marquent la complétude de l’objet dans sa nature fonctionnelle, mais également son dépassement vers une forme de sacralité élémentaire : celle du geste qui scande le temps et le retient.

Galerie Nicolas Rolland

7 rue Visconti

75006 Paris

du jeudi au samedi

12h-19h

et sur rendez-vous

contact@nicolasrolland.fr

+33 (0)6 19 89 80 32

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